Les faits divers rapportant de temps à autre l’interception d’une marchandise prohibée en provenance du Maroc nous rappelle cette situation ubuesque d’une frontière fermée mais que tous les frontaliers savent aussi hermétique qu’une passoire. Perméable comme peuvent l’être près de 1 600 km de zone tampon entre deux pays liés par l’Histoire, les affinités culturelles, religieuses et économiques.
C’est en 1994, lorsque la situation sécuritaire en Algérie et au Maroc a provoqué des tensions de voisinage, que notre pays a pris la décision de fermer la frontière en réponse à une décision marocaine absurde d’instaurer le visa après l’attentat de Marrakech attribué dans la précipitation aux Algériens.
Depuis, la partie marocaine ne cache pas son souhait de voir la circulation terrestre reprendre entre les deux parties. On comprend aisément les regrets de nos voisins de l’ouest qui se souviennent de ces années où les Algériens se rendaient massivement vers leurs villes pour un shopping prodigue à l’impact positif sur l’essor commercial des régions fréquentées par nos touristes du business.
Des taxis spécialisés partaient de toutes les contrées d’Algérie, transportant de jeunes trabendistes courageux qui dévoraient les kilomètres afin de se rendre au Maroc où l’hospitalité des familles et partenaires commerciaux devenaient, lors de leur retour, le sujet des discussions dans les villes et villages algériens pas mécontents de découvrir un eldorado pour les emplettes. Une destination en vogue où l’on pouvait parler des langues sœurs aux patois algériens et apprécier des coutumes accueillantes par les saveurs culinaires notamment.
Pourtant, malgré notre présentation panoramique et un brin humoristique de ce que fut la dernière période de libre circulation des personnes, on ne peut pas ignorer les éléments moins heureux que les « anti‑ouverture de la frontière » avancent pour maintenir le statu quo. Deux de ces griefs nous paraissent les plus saillants : le premier argue de la contrebande nocive qu’encourageraient les flux de véhicules entre le Royaume chérifien producteur de cannabis alors qu’il s’avère que le trafic du kif a perduré depuis 1994, comme l’attestent les saisies régulières opérées ces dernières semaines par la gendarmerie nationale.
Le deuxième grief aurait trait à la question du Sahara occidental. Mais on ne peut pas expliquer le verrouillage spatial sur la terre ferme par ce conflit quand il est encore possible de se rendre mutuellement visite par les airs et que l’Espagne et le Maroc ne s’interdisent pas leurs territoires respectifs en dépit de leur sérieux différend relatif aux enclaves espagnoles squattant le territoire de nos frères marocains ou la récente guerre éclair, en 2002, autour du rocher de Leila, l’îlot du Persil pour les Espagnols qui l’administrent.
En ce qui nous concerne directement, il n’y a pas de guerre entre l’Algérie et le Maroc – Dieu merci ! – qui puisse objectivement empêcher la réouverture immédiate des frontières. Comme l’avouait l’actuel Premier ministre Ahmed Ouyahia, « les frontières seront rouvertes tôt ou tard ». Dix‑huit ans après… il est déjà tard !
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